in "I -Somnambule dans la clarté du jour"  

[Papier noir - Typographies blanches]

Sur le fil embrasé, plus de chambre, plus d’obscur, juste un minuscule monde reflété par cette aurore du câble enflammé, fragments de  pierres blanches sur des façades de verre.

Fixe, dans l’équilibre et le silence, je traque la vie, l’animal, l’autre. Je perçois un souffle tiède, l’air. Le ciel d’encre s’éclaircit très doucement et contraste des formes encore indécises.

Suis-je vraiment dans le vide, au-dessus d’une ville en éveil, paralysé par ce que je crois voir, pieds posés à l’extrémité de mon fil étiré après cette avancée dans l’obscure chambre ? «  Somnambule et funambule... »  À cette pensée, je vacille au premier vertige, ma main rattrape mon fil, je tombe et deviens ce balancier du temps disloqué. Je traverse les cieux, prisonnier de ma peur parmi les volumes naissants. La gravité ne s’impose pas et le fil distendu m’amène sans violence au contact d’une rue arborée. Le sol tinte au premier pas. 

Je marche sur la chaussée encore froide, au centre d’une rue bordée de platanes immenses. Je n’éprouve pas encore le besoin de savoir où aller. Le chemin n’a pas encore trouvé de sens, si ce n’est celui de se laisser surprendre.

Un homme s’approche. Petite taille, costume sombre et cheveux longs, la cinquantaine. Il me regarde fixement et, arrivant près de moi, son majeur m’adresse un signe négatif puis m’indique la voie qu’il suit tout en continuant sa route.

Aucun doute, je viens de me croiser. Je suis bien en état de songes. Pas question de me suivre. « Caminante, no hay camino, se hace camino al andar. » Le conseil d’Antonio Machado, gravé sur la tombe de ma mère, fait autorité. Je m’attendais plutôt à trouver des trajectoires de rêveurs au gré des constellations de mes souvenirs. Je distingue mon reflet sur une vitrine et je devine : mon corps se fait discret, je disparais. Je laisse place. Je me retourne pour voir ce qu’il advient de lui et j’aperçois cet autre moi-même qui se disperse.

La première voiture est suivie d’une autre et encore d’une autre et le temps que je lève le regard, c’est toute la vie d’une cité que je pressens sous le soleil levé qui m’efface. Dans l’intime, je m’éclipse. Camera obscura. Enfin la métropole est là.

© Marc Sayous

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