in "I -Somnambule dans la clarté du jour"

Le fichier Métropole 08 tournait sur le dictaphone argenté, posé à plat sur mon bureau. Je reconnus le son du gravier, foulé d’un pas lent, sur le chemin du cimetière. « Je ne trouve pas... j’évite pour l’instant. » La marche modifiait ma voix, légèrement tremblante. « J’évite seulement d’écrire n’importe quoi... un roman par exemple... Pourquoi faire ?... Tout semble si droit, reproductible à l’infini, avec ces textes compulsifs alignés sur des kilomètres d’étagères rectilignes et ces lecteurs distraits qui passent le temps... Non, non et non... Ma ligne de conduite désire le virage. Je ne veux plus voir cet horizon constant et son morne “point de fuite”. » Un petit rire moqueur puis des frottements désordonnés précédèrent la mise sur pause.

Interruption sonore, trois secondes.

Reprise. L’atmosphère reposait maintenant sur le silence. La pièce semblait étroite, sans réverbération, donnant présence à la moindre empreinte sonore : le tabouret en bois aux pieds instables, le froissement infime des vêtements et même la respiration calme et contrôlée. Comme un signal de départ imprévu, le refroidissement du frigidaire s’enclencha, lançant sa vibration polyphonique légère : un bourdon grave et régulier doublé à l’octave d’une ondulation douce, parsemée de quelques tremblements légers de la bonbonne de gaz. Je cessais d’espérer le silence et, après un rapide raclement de gorge, me lançais d’une voix posée, très grave. Une lecture rythmée, mais neutre, sans apport d’expression ni intention marquée. « J’imagine parfois la beauté d’un genre littéraire délassé des habitudes et prêt à m’époustoufler d’une voie superbe à laquelle mon expérience n’aurait su m’exposer. J’espère une évolution radicale, une confrontation sidérante à la découverte, une différence confondante, la gifle magistrale de la liberté portée à la figure du style surveillée, l’apparition d’un élan brutal de l’écrivain griffant le réel d’une ardeur tranchante pour affirmer la voracité des mots et leur tracer un lit de douceur, une vie d’extase, un avenir à la page… J’ai soif, j’ai faim, je chasse l’obscur par la flèche de ce désir : trouver ma forme libre et sauvage, lâcher ma bride et me lancer avec ferveur vers ce qui reste à naître. Depuis trop longtemps, je piétine. Je me fais penser à un fauve en cage qui, d’aller en retour, nombre les pas de son ennui. »

Je soufflais profondément.

© Marc Sayous

 

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